La cloche de Balzème, dans le clocher de l’église de Baudres (2025)
Historique de la cloche de Balzème
L’église Saint-Martial de Baudres est mentionnée dans la bulle de Pascal II de 1115 comme dépendance de l’abbaye de Déols, ainsi que le mentionne Eugène Hubert dans le Recueil des chartes intéressant le département de l’Indre1.
Selon François Deshoulières2, l’église n’a pas de transept et son plan dessine une nef unique, suivie d’un chœur au chevet plat. La nef obscure a été éclairée au tournant du XVIe siècle par une unique fenêtre trêflée, ouverte au nord. Le clocher date de la même époque. Il accueille en son rez-de-chaussée une chapelle latérale, édifiée pour augmenter la capacité du monument. Bâti sur un plan carré, épaulé de contreforts, il s'agit d'une tour trapue et assez imposante au regard de l’ensemble de l’édifice. Ce clocher possède trois niveaux dont l’étage du beffroi contenant deux cloches en volée du XIXe siècle. Cet étage est ouvert sur seulement deux de ses faces. Le dernier niveau est situé dans un lanternon sommital qui abrite la cloche historique. Ce lanternon, totalement obscur, possède une forme octogonale et est établi sur une toiture à base carrée. Il est terminé par un court dôme aveugle surmonté d’une croix en fer forgé. Il est à peu près certain que cet édicule sommital fut édifié bien plus tardivement que le restant de la toiture.
Balzème est à l’origine une petite paroisse devenue commune de l’Indre en 1789, avec peu d’habitants (220 en 1793). La chapelle de Balereuma est mentionnée dès 1223 et la paroisse de Baleresme dès 1238, comme dépendance du chapitre Saint-Laurian de Vatan3. La commune est rattachée par ordonnance royale du 5 mai 1819 à la commune voisine de Baudres4.
Les archives de la paroisse de Balzème témoignent d’une abondante documentation concernant de nombreuses donations par testaments et signatures de baux pour la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle. En série G aux Archives départementales de l'Indre, on trouve plusieurs testaments dont celui François Batailler en 1670, qui précise qu’il veut que l’on donne à l’autel de la Sainte Vierge « un ciel et parement » d’autel de camelot blanc, que toutes ses dettes soient payées et que l’on répare tous les torts qu’il aurait pu avoir faits ; il lègue à la cure de Balzême une minée de terre, à la charge d’un salut « devant la Sainte Vierge », le jour de la fête de l’Assomption5. Selon les registres paroissiaux, le cimetière de Balzème accueille des sépultures jusqu’en 1754. Après le 2 août 1754, elles ont lieu dans le cimetière de Baudres, tandis que l’église demeure toujours en usage.
En exécution de l’arrêté du 7 thermidor an XI6 et des décrets des 30 mai et du 31 juillet 1806, la fabrique de Baudres devient propriétaire de l’église et de la cure de Balzème. La paroisse de Balzème est ainsi supprimée le 28 août 18087. Un arrêté préfectoral du 19 décembre 1808, approuvé par le ministre des Finances le 2 juin 1809, fixe juridiquement ce nouvel état. La fabrique de Baudres se retrouve donc propriétaire de deux édifices ainsi que du mobilier de l’ancienne église de Balzème. La question de la cloche de Balzème est évoquée à cette date par le préfet de l’Indre. En effet, il souligne que retirer la cloche de l’église de Balzème serait contraire à la législation en vigueur.
Un courrier du maire adressé en 1811 au préfet annonçait : « Monsieur le préfet, j’ai l’honneur de vous adresser une expédition du décret du 6 août 1811 par lequel Sa Majesté nous autorise à faire procéder à la vente des bâtiments et terrains de l’église et du presbytère supprimé de Balzème7 ». Un placard avertit le public de cette vente en 1812. Il faut toutefois attendre l’ordonnance royale du 5 mai 1819 qui stipule la réunion du temporel de l’ancienne commune de Balzème à celle de Baudres, les deux localités ne formant plus qu’une seule commune.
La situation devait donc rester en l’état entre 1808 et 1827, car c’est seulement en 1827 que la décision est prise de retirer la cloche de l’église de Balzème pour la placer dans celle de Baudres, comme l’indique un courrier du maire de Baudres au préfet de l’Indre en date du 22 juillet 1831 : « Ce transport [de la cloche] n’a eu lieu qu’avec des conditions exprimées en un acte qui a été scellé le 1er mai 1827. Ces conditions font que la cloche de l’église de Balzème ne serait en l’église de Baudres qu’à titre de dépôt et que pour le cas ou l’église de Balzème viendrait à être rétablie la dite cloche retournerait à cette église.7 »
A-t-on retiré la cloche du fait du mauvais état de l’église de Balzème ? Peut-être, car en 1830, les habitants du hameau de Balzème lancent une souscription pour la restauration de leur église et du presbytère. Cette souscription autorisée s’est bien déroulée mais l’objectif final de restauration du monument ne devait pas être exécuté. En effet le produit de la souscription est revenu à la fabrique de Baudres, et le projet de restauration de l’église de Balzème est vite abandonné. Malgré des échanges en 1831 et 1832 avec la préfecture, la fabrique de Baudres fait vendre l’église et le presbytère de Balzème en 18328.
Mais les habitants de Balzème ne lâchent rien. En réaction, ils lancent une pétition le 19 novembre 1832 adressée au comte d’Argout, ministre du Commerce et des Travaux publics. L’article 3 de cette pétition rappelle l’historique du déplacement de la cloche8. Cette pétition indique également que « les habitants de Balzème ont demandé que la cloche soit réintégrée dans leur église [après les travaux] mais que cette réintégration leur a été refusée ». Ajoutons que de nombreux courriers entre 1830 et 1834 témoignent du malaise au sujet de l’argent récolté lors de la souscription. La monnaie sonnante et trébuchante empoisonne finalement le conseil de fabrique de Baudres.
La tension monte d’un cran lorsque, par crainte de voir la fameuse cloche de Balzème s’envoler du clocher de Baudres, les habitants de Baudres font apposer un cadenas à la porte du clocher. Il faut dire que dans un courrier du 29 décembre 1831, M. Jourdain Chaimbeault, adjoint au maire de Baudres, rappelait « qu’il est très inconvenant que l’église de Balzème soit privée de la cloche qui est sa propriété par le refus formel des habitants de la commune de Baudres, poussé au point que pour empêcher l’enlèvement ils ont fait condamner le clocher. Ce refus obstiné de leur part peut entraîner des suites funestes telle que la division des esprits entre les citoyens des deux sections de la commune ; des haines contre les principaux instigateurs… peut-être du tumulte ce qui est prudent de prévenir…9 ».
Malgré toutes les tentatives d’appels et de pétitions des paroissiens, la cloche de Balzème est toujours, près de cent ans plus tard, dans le clocher de l’église de Baudres.
Cette histoire n'est pas sans rappeler la cloche d'Aize, objet de discorde entre les paroissiens de cette commune et ceux de Buxeuil.
L'expertise campanaire de mars 2021
Cette cloche a été observée lors d’une visite le 30 mars 2021 par M. Hervé Gouriou, expert campanaire. Il s’agit d’une cloche en bronze avec de petites ébréchures à la pince et quelques défauts de coulée.
La datation de cette très ancienne cloche peut s’évaluer au tournant des XIIIe et XIVe siècles, avec une marge d’incertitude assez importante.
Mensurations : Diamètre extérieur 50 cm ; diamètre intérieur 41 cm ; hauteur à la poutraison 62 cm ; hauteur au cerveau 50 cm. Poids évalué à 100 kg.
Du haut vers le bas :
Sur le plateau :
Anses disposées en couronne. Quatre anses transversales, deux anses axiales. Chaque anse est pourvue d’une gorge longitudinale. Quelques défauts de coulée sont visibles.
Au cerveau : une ligne de texte, partiellement en caractères onciaux, bordée de deux filets disposés de part et d’autre, ainsi retranscrite (remerciements à Marc Du Pouget) : + SANCCTI PAV ? (plus une lettre qui ressemble à un lambda grec).
Sur la robe et à l’échancrure : pas d’iconographie, ni d’épigraphie.
Compte-tenu de l’expertise qui a souligné la grande ancienneté de cette cloche et de la qualité de son épigraphie sur le cerveau, elle constitue l’un des rares éléments campanaires antérieurs à la Révolution française. La cloche a été présentée en Commission Régionale du Patrimoine et de l’Architecture le 27 mai 2025 et inscrite au titre des Monuments historiques à l’unanimité.