Archives départementales de l'Indre

7 décembre 2025

L’ambiance festive des Tréteaux du Bombardon en temps de guerre


En 1832, les Castelroussins assistent à l’inauguration de leur théâtre municipal. Ce majestueux bâtiment de style néo-classique, construit à partir de 1830 par l’architecte Pierre Murisson au bout de la promenade d’Orléans, actuelle place Gambetta, est à l’initiative d’un riche mécène, Henri-Louis Douard de Saint-Cyran, maire de Niherne et propriétaire du château de la Saura, à Saint-Maur. Les représentations se succèdent et de nombreux artistes s’y produisent. Cependant, en 1865, un incendie fait cesser toute activité théâtrale. L’édifice est racheté par la municipalité en 1885 et est alors remanié et modernisé. Ces travaux d’agrandissement et d’embellissement s’effectuent sous la direction de l’architecte Camille Létang et du sculpteur Narcisse Girault-Dupin. Le « théâtre à l’italienne » voit reprendre ses spectacles en 1889, avec de nouveaux concepts tels que l’accueil de cabarets comme le Pierrot-Noir, influencé par le Chat-Noir parisien (des documents iconographiques concernant ces deux établissements et cotés 48 J 10 B sont consultables sur notre site internet). Ainsi, le théâtre est vecteur de culture et de divertissement pour les Castelroussins, plaisirs qui s’amenuisent lors des guerres.

En effet, la Seconde Guerre mondiale apporte son lot de peines mais aussi de prisonniers. C’est dans ce contexte dramatique que voit le jour un groupe de Castelroussins amateurs de théâtre récoltant de l’argent par le biais de leurs représentations afin de venir en aide aux prisonniers français dans les camps allemands. Les cachets servent à confectionner et envoyer des colis aux captifs. Ces talentueux bénévoles organisent des spectacles issus du répertoire berrichon à travers des chansons, des poèmes, des saynètes, etc. Le succès est au rendez-vous et une association est créée en décembre 1941, présidée par Joseph Limousin, qui dirige une quarantaine d’artistes. Elle est nommée « Les Tréteaux du Bombardon » et fait appel à Léo Dupin, illustrateur parisien réfugié à Châteauroux, pour dessiner les trois affiches ci-dessous. L’appellation atypique de cette troupe théâtrale provient du nom du cours d’eau coulant sous le théâtre municipal et conférant une acoustique particulière à ces lieux. Les comédiens sillonnent également les routes de l’Indre dans des camionnettes durant les week-ends, ainsi qu’il est mentionné sur l’affiche datant du mois d’août 1943 : la pièce de théâtre a alors lieu au parc du château de la commune de Saint-Août.

S’éloignant du folklore berrichon, les auteurs rédigent des revues locales jouées ensuite sur scène au théâtre municipal. Les acteurs chantent, dansent et ne se gênent pas pour glisser des allusions sur la présence allemande à chaque représentation. Parmi les titres de ces revues, on trouve « L’Impromptu Berrichon » joué en février 1942, comme l'annonce l'une des affiches, sur laquelle figure l’insigne de la troupe théâtrale accompagné de sa devise « Fais ce que peux ». Une autre affiche présente la revue « Dans Château…rou…taillons », jouée en avril 1944 et interprétée neuf soirées de suite, connaissant un grand succès. Hélas, la compagnie théâtrale ne résiste pas à la fermeture du théâtre municipal en 1951.

Mêlant théâtre et music-hall, la troupe anime donc les journées et soirées des Castelroussins tout en aidant les prisonniers de guerre à travers divers mouvements cités par les affiches comme la « Quinzaine du Prisonnier », le « Comité d’Entr’aide des Prisonniers de Saint-Août » et la « Grande quinzaine régionale du Secours National ». C’est ainsi que sept millions d’anciens francs ont été récoltés par les Tréteaux du Bombardon depuis sa création. On ne badine pas avec le théâtre à Châteauroux !

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