5 décembre 2025
Un baignoir public à Issoudun ?!
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’hygiène devient un enjeu public majeur dans l’Indre notamment pour endiguer la propagation des maladies (typhoïde, diphtérie, etc.). Le département créé alors un conseil central d’hygiène et de salubrité ainsi que les conseils d’hygiène des arrondissements du Blanc, de La Châtre et d’Issoudun. Hélas, ces conseils ont un rôle purement consultatif en réponse aux questions de l’administration et leurs initiatives sont quasi inexistantes. Suite à leur réorganisation par arrêté préfectoral du 1er avril 1878, un premier rapport est rédigé sur les travaux effectués par ces scientifiques (médecins, pharmaciens, vétérinaires). Le bureau d’Issoudun s’attache essentiellement aux problématiques posées par les égouts et l'abattoir de la ville, l’organisation du service médical dans les campagnes et l’état hygiénique du collège. Cet écrit souligne également que la ville possède à présent une distribution d’eau. C’est dans ce contexte particulier que le maire d’Issoudun, Alexandre Lecherbonnier (actif de 1876 à 1888), soucieux du développement de la ville et engagé auprès de la population, propose aux Issoldunois la création d’un baignoir public, la même année.
Mais qu’est-ce qu’un baignoir public ? L’emploi au masculin de ce terme désuet peut surprendre mais il n’est pas issu du patois berrichon et est bel et bien usité à cette époque. Il fait référence à un lieu où l’on se baigne, à l’endroit de la rivière où l’on va se baigner. Il peut également définir un établissement de bains, un endroit aménagé pour prendre des bains. Issoudun oriente son choix vers la première notion. En effet, bien loin de l’idée des bains publics de Châteauroux (bains de Saint-Denis et bains du Paradis), établissements comprenant des cabines avec baignoire au milieu de jardins luxuriants destinés à une classe aisée, la ville d’Issoudun se veut plus pragmatique et désire satisfaire le plus grand nombre d’habitants. Ainsi, les Issoldunois devront se contenter des bains dans la rivière de la Théols, au lieu-dit de la Fosse à la Poêle.
Cette décision de la municipalité d’Issoudun n’est pas anodine et est mûrement réfléchie. Effectivement, depuis longtemps la nécessité de cet aménagement s’est fait sentir du point de vue hygiénique et est devenue primordiale depuis l’augmentation de la garnison militaire du 68e régiment d’infanterie arrivée trois ans auparavant. D’ailleurs, la caserne Châteaurenault est construite en 1875 afin d’y loger ces soldats. Ce baignoir est donc créé pour rendre service aux populations civiles et militaires.
Cependant, avant toute chose, le maire Alexandre Lecherbonnier désire connaître la position des Issoldunois sur la création de ce baignoir public, civil et militaire, et les invite, par le biais d'un avis sous forme d'affiche, à formuler leurs observations. La question sort de l'ordinaire : on remarque que la mairie réutilise un modèle d'avis d'enquête publique préalable à un alignement de voirie, beaucoup plus fréquent, pour interroger les habitants sur l'opportunité de ce baignoir.
Le dénouement de l’affaire est annoncé lors de la séance du conseil municipal du 2 juin 1878. Sans grande surprise, le projet est vivement approuvé par l’ensemble des Issoldunois. Il résulte de l’enquête qu’il y a peu d’opposants à l’établissement d’un bain public. Les contestataires prétendent que les baigneurs seront exposés à la vue des passants sur le chemin voisin au baignoir et que du point de vue de la morale cet emplacement est mal choisi. En réponse à cet argument fallacieux, la mairie rétorque qu’un talus suffisamment élevé entourant le baignoir sera prévu à cet effet lors de l’aménagement de la structure sanitaire. Du reste, l’endroit est déjà fréquenté depuis très longtemps par les habitants de la ville et la mairie ne voit pas de meilleur endroit en termes de sécurité. Fort heureusement pour les Issoldunois, le projet n’est pas tombé à l’eau !